Hector Berlioz · section 17 sur 67
Le Basson
Lisez et écoutez cette section dans l’édition jouable →Lecture française composite : passages originaux de Berlioz rétablis lorsque leur contenu concorde avec l’anglais ; ailleurs, nouvelle traduction automatique de l’édition anglaise Berlioz/Strauss de 1948. Brouillon, sans relecture par un locuteur natif. Provenance et ambiguïtés : fr-sources.html.
Le basson est la basse du hautbois* ; il a plus de trois octaves d’étendue et s’écrit sur deux clefs, la clef de fa et la clef d’ut quatrième ligne :
y compris les intervalles chromatiques
Il est prudent de ne pas dépasser le dernier si bémol.
No 72. Meistersinger, acte III
Wagner fait monter le basson jusqu’au do aigu dans ses « Meistersinger », où il dépeint l’état pitoyable de Beckmesser après sa bastonnade. (Ex-
peut maintenant être assez
Le mi bémol aigu
mais sa production
facilement produit,
embouchure de l’
est nuisible à l’

*Grâce à l’obligeance de M. Gevaert, j’ai entendu au Conservatoire de Bruxelles un hautbois contrebasse dont le son n’avait 1 clarinette en la bémol pas la moindre ressemblance avec les sons graves du 2 clarinettes a a basson. C’était, jusque dans l’extrême grave, le timbre typique clarinettes :. de chalemie du hautbois. Si, dans un proche avenir, nos 4 ou 6 clarinettes en si bémol famille des clarinettes oreilles exigeaient des différenciations sonores encore plus fines 2 cors de basset et une richesse de couleurs encore plus grande, nous pourrions ré- 1 basse, clavin lari
introduire cet instrument dans l’orchestre ; ainsi chaque timbre particulier serait représenté par une famille entière au lieu des un ou deux membres dont nous disposons actuellement.
Quelle richesse de contrastes offre une combinaison de :
2 petites flûtes } 4 grandes flûtes famille des flûtes 1 ou 2 flûtes altos {
2 hautbois d’amour
4 1 hautbois contrebasse
L’idée de développer cette conception m’est venue pour la première fois lorsque l’un des Feet oat en cba du Conservatoire m’a fait entendre la Symphonie en sol mineur de Mozart dans un arrangement pour 22 clarinettes, à savoir :
La richesse des couleurs sonores provenant des diverses combinaisons de la famille des clarinettes a attiré mon attention sur les nombreux trésors encore cachés dans le, attendant d’être exhumés par un dramaturge et poète sonore capable de les interpréter comme l’expression sensible de nouveaux symboles de couleur et comme la caractérisation d’émotions nouvelles, plus subtiles, et de vibrations nerveuses.
Les clefs dont il est aujourd’hui pourvu lui permettent de faire les deux notes graves

qui lui étaient autrefois interdites.
Pour le la grave de « Tristan », les bassonistes doivent adapter un dispositif dit à double pavillon, muni d’une clef de la. Les sons graves
sont bouchés avec le
} Les trilles marqués “) sont aujourd’hui faciles à exécuter.

Son doigté est le même que celui de la flûte. Beaucoup de trilles aux deux extrémités de son échelle

Cet instrument laisse beaucoup à désirer sous le rapport de la justesse, et gagnera peut-être plus que tout autre des instruments à vent, à être construit d’après le système de Boëhm.
Le basson est à l’orchestre d’une grande utilité dans une foule d’occasions. Sa sonorité n’est pas très forte, et son timbre, absolument dépourvu d’éclat et de noblesse, a une propension au grotesque, dont il faut toujours tenir compte quand on le met en évidence. Ses notes graves donnent d’excellentes basses au groupe entier des instruments à vent de bois. On écrit ordinairement les bassons à deux parties ; mais les grands orchestres étant toujours
No 73. Symphonie en do mineur, 3e mouvement
pourvus de quatre bassons, on peut écrire à quatre parties réelles, ou, mieux encore, à trois, la partie grave pouvant alors être doublée à l’octave inférieure pour renforcer la basse. Le caractère de leurs notes hautes a quelque chose de pénible, de souffrant, je dirai même de misérable, qu’on peut placer quelquefois dans une mélodie lente ou dans un accompagnement avec le plus surprenant effet. Ainsi les petits gloussements étranges qu’on entend dans le Scherzo de la Symphonie en do mineur de Beethoven, vers la fin du decrescendo, sont produits uniquement par le son un peu forcé des notes aiguës (la et sol) des bassons. (Exemple 73.)


Meyerbeer, au contraire, a obtenu la couleur pâle, froide, cadavéreuse voulue pour la résurrection des nonnes de « Robert le Diable » au moyen des sons flasques du médium du basson. (Ex. 74.)
No 74. Robert le Diable, acte If

Les traits rapides en notes liées peuvent être employés avec succès ; les traits de basson de la scène du bain au deuxième acte des « Huguenots » produisent un excellent effet. (Exemple 75.) Ils sonnent bien lorsqu’ils sont écrits dans les tons favoris de l’instrument, c’est-à-dire ré, sol, do, fa, si bémol, mi bémol, la,
et leurs relatifs mineurs. Par exemple, les bas-


Mozart a merveilleusement exprimé la tendre timidité propre aux registres aigu et moyen du basson dans le piano, dans le duo de « Don Giovanni », « La ci darem la mano », aux mots de Zerlina « Vorrei e non vorrei ». Une particularité des partitions de Haydn, Mozart et Beethoven est la participation des bassons à la mélodie du dessus, à une ou deux octaves. Ils ressemblent souvent à la voix d’un vieillard fredonnant les mélodies favorites
de sa jeunesse — par exemple dans « Le Nozze di Figaro ».
Il faut citer un autre exemple de Mozart, où il emploie le basson avec le hautbois, deux octaves au-dessous de celui-ci, pour exprimer une pudeur affectée : dans la scène de « Cosi fan tutte » où Fiordiligi cherche à dissimuler sa faiblesse sous des répliques emphatiques aux avances de ses prétendants déguisés. (Exemple 76.)

Voir aussi l’expression de ruse embarrassée dans les tierces méditatives de Mime au premier acte de
f « Siegfried » de Wagner (Exemple 77 ;


Weber tire du basson des accents déchirants d’innocence souffrante — dans la cavatine (troisième acte) d’Euryanthe, languissant seule dans la forêt. Les harmoniques du basson sont particulièrement forts. Il m’est arrivé d’entendre fréquemment, dans l’accord de la bémol mineur de mon poème symphonique « Mort et Transfiguration » (joué par les trombones, le cor anglais, le basson et le contrebasson), un do bémol, apparemment comme harmonique du basson ou du contrebasson. (Exemple 78.)
