Hector Berlioz · section 56 sur 67
Instruments nouveaux
Lisez et écoutez cette section dans l’édition jouable →Lecture française composite : passages originaux de Berlioz rétablis lorsque leur contenu concorde avec l’anglais ; ailleurs, nouvelle traduction automatique de l’édition anglaise Berlioz/Strauss de 1948. Brouillon, sans relecture par un locuteur natif. Provenance et ambiguïtés : fr-sources.html.
L’auteur ne considère pas comme son devoir de décrire les innombrables essais auxquels se livrent quotidiennement les facteurs d’instruments de musique et leurs prétendues inventions, plus ou moins avortées ; il n’a pas davantage à énumérer les objets inutiles qu’ils cherchent à introduire dans la famille des instruments. Il doit, en revanche, signaler aux compositeurs les inventions réellement importantes, surtout lorsque leurs résultats ont déjà reçu une certaine approbation générale ou une application pratique. Les inventeurs qui réussissent sont très peu nombreux ; MM. Adolphe Sax et Alexandre se distinguent parmi eux.
M. Sax, dont les créations nous occuperont d’abord, a perfectionné plusieurs instruments anciens, comme on l’a souvent signalé dans cet ouvrage. Il a également comblé plusieurs lacunes dans la famille des cuivres. Sa principale contribution réside toutefois dans la création d’une nouvelle famille d’instruments de cuivre à anche simple et à bec de clarinette, qu’il n’a achevée que depuis quelques années.
Ce sont les saxophones. Ces nouvelles voix de l’orchestre possèdent des qualités rares et précieuses. Douces et pourtant pénétrantes dans l’aigu, pleines et riches dans le grave, elles sont très expressives dans le registre moyen. C’est, dans l’ensemble, un timbre tout à fait propre, vaguement semblable à ceux du violoncelle, de la clarinette et du cor anglais, avec un mélange semi-métallique
qui lui donne une expression absolument particulière.
Le corps de l’instrument est un cône parabolique en laiton, muni d’un système de clefs. Agiles, aussi propres aux passages rapides qu’aux mélodies douces et aux effets religieux et rêveurs, les saxophones peuvent être employés dans tous les genres de musique ; ils conviennent toutefois particulièrement aux compositions lentes et tendres.
Les sons aigus des saxophones graves ont un caractère plaintif et douloureux ; leurs sons graves, au contraire, possèdent un calme sublime et pour ainsi dire sacerdotal. Tous les saxophones, surtout le baryton et la basse, peuvent enfler et diminuer leur son ; cela permet dans l’extrême grave des effets sonores entièrement nouveaux et très particuliers, qui ressemblent quelque peu aux sons de l’orgue expressif. Le son des saxophones aigus est beaucoup plus pénétrant que celui des clarinettes en si bémol et en do, sans avoir le timbre aigu et souvent perçant de la petite clarinette en mi bémol. On peut en dire autant du saxophone soprano. Les compositeurs ingénieux obtiendront des effets merveilleux, encore imprévisibles, en associant les saxophones à la famille des clarinettes ou par d’autres combinaisons.
L’instrument se joue très aisément, son doigté étant semblable à ceux de la flûte et du hautbois. Les exécutants familiarisés avec l’embouchure de la clarinette maîtriseront rapidement son mécanisme.