Hector Berlioz · section 62 sur 67
L’Orgue mélodium
Lisez et écoutez cette section dans l’édition jouable →Lecture française composite : passages originaux de Berlioz rétablis lorsque leur contenu concorde avec l’anglais ; ailleurs, nouvelle traduction automatique de l’édition anglaise Berlioz/Strauss de 1948. Brouillon, sans relecture par un locuteur natif. Provenance et ambiguïtés : fr-sources.html.
C’est un instrument à clavier, comme l’orgue à tuyaux. Son son, comme celui du concertina, est produit par de délicates languettes métalliques sur lesquelles passe un courant d’air. Ce courant d’air est fourni par un soufflet que les pieds de l’exécutant mettent en mouvement. Les sons de l’instrument sont plus ou moins forts selon la force avec laquelle les pieds agissent sur le mécanisme du soufflet.
L’orgue mélodium possède donc le crescendo et le decrescendo ; il est expressif. Un de ses mécanismes particuliers s’appelle en conséquence « Registre d’Expression ». Le doigté est le même qu’à l’orgue et au piano. On l’écrit sur deux, voire trois portées, comme l’orgue. Son étendue est de cinq octaves.

Les mélodiums à plusieurs jeux ne se limitent pas à cette étendue. Le nombre des jeux varie considérablement.
Le mélodium le plus simple, à un seul jeu, dont nous venons d’indiquer l’étendue, possède deux timbres différents : celui du cor anglais dans la moitié gauche du clavier et celui de la flûte dans la moitié droite. Les instruments à plusieurs jeux peuvent posséder, selon les intentions du fabricant, des jeux de basson, de cornet, de flûte, de clarinette, de fifre et de hautbois, ainsi nommés à cause de leur ressemblance avec les instruments dont ils
portent le nom ; ainsi que le Grand Jeu, ou plein orgue, les jeux de forte et d’expression. Ceux-ci donnent au mélodium une étendue de sept octaves, bien que son clavier n’en ait que cinq.
L’exécutant actionne ces jeux au moyen d’un mécanisme semblable à celui de l’orgue, disposé de chaque côté du clavier et pourvu de poignées de bois que l’une ou l’autre main tire. Plusieurs autres jeux s’obtiennent par un mécanisme analogue placé sous la caisse de l’instrument, que le genou de l’exécutant déplace de droite à gauche ou de gauche à droite.
Le mélodium ne possède pas les jeux de mutation de l’orgue, dont l’effet excite chez beaucoup une admiration traditionnelle alors qu’ils causent en réalité une terrible confusion. Le mélodium n’a que des jeux d’octaves simples et doubles, grâce auxquels chaque touche peut faire entendre, outre son propre son, l’octave simple et la double octave, ou la double octave sans la simple, ou même les
* octaves supérieure et inférieure de ce son.
Beaucoup d’exécutants ignorants et amateurs de bruit font un usage déplorable de ces jeux d’octaves. Cette méthode grossière est certes moins mauvaise que les ravages causés par les jeux de mutation de l’orgue, où l’on entend simultanément les deux autres sons de l’accord parfait, la tierce majeure et la quinte ; elle n’en reste pas moins grossière.
Les renversements d’accords involontaires qui en résultent introduisent le désordre le plus effrayant dans l’harmonie, sans parler de l’épaississement du tissu harmonique. Les neuvièmes se transforment en secondes et en septièmes, les secondes en septièmes et en neuvièmes, les quintes en quartes et réciproquement, et ainsi de suite. Pour conserver de véritables rapports musicaux avec ces jeux, il faudrait ne les employer que dans des morceaux écrits en contrepoint renversable à l’octave ; mais on ne le fait pas.
L’introduction de ces monstruosités dans l’orgue doit sans doute être attribuée à l’ignorance du Moyen Âge, cherchant à tâtons les lois de l’harmonie. Une tradition insensée les a conservées ; il faut espérer qu’elles disparaîtront peu à peu.
Les sons du mélodium répondent avec quelque lenteur, comme ceux de l’orgue à tuyaux. Ils conviennent surtout au style lié de la musique religieuse et aux mélodies lentes, douces et tendres. Les morceaux aux rythmes sautillants ou au caractère violent, écrits pour le mélodium ou exécutés sur lui, témoignent selon moi de l’ignorance du compositeur ou du mauvais goût de l’exécutant, ou de l’ignorance et du mauvais goût de tous deux.
Le véritable but que M. Alexandre s’est proposé et qu’il a atteint était de donner au mélodium un caractère rêveur et religieux et de le doter de toutes les nuances de la voix humaine et de la plupart des instruments.
Le mélodium est à la fois un instrument d’église et de théâtre, de salon et
de salle de concert. Il occupe peu de place et se transporte aisément ; son utilité pour les compositeurs et les amateurs est donc incontestable. Depuis que Meyerbeer, Halévy et Verdi ont employé l’orgue dans leurs œuvres dramatiques, combien de théâtres de province, en France et même en Allemagne, ont éprouvé des difficultés à les exécuter, et combien de mutilations et d’arrangements plus ou moins maladroits des partitions ont été causés par l’absence d’orgue ! Aujourd’hui, les directeurs de théâtre n’ont plus d’excuse pour le tolérer, car le mélodium peut remplacer aisément et à peu de frais l’orgue absent. Il en va de même des petites églises où la musique n’a jusqu’ici jamais pu pénétrer. Une mélodie jouée par un musicien sensible peut et doit y éveiller le sentiment de l’harmonie et faire disparaître les hurlements grotesques qui tiennent aujourd’hui lieu de chant dans le service religieux. Le mélodium convient bien aux arrangements d’œuvres symphoniques avec piano, violon et violoncelle, pour remplacer les instruments à vent. Cette combinaison est très populaire dans les familles françaises pour la musique domestique ; elle est nettement préférable au piano à quatre mains habituel en Allemagne.